Au delà de l'idée d'avoir recours à la chimie pour soigner tous les maux (idée douteuse à mon goût : ne vaudrait-il pas mieux travailler sur la psychologie des femmes et les codes de notre société pour comprendre pourquoi elles n'ont plus de désir ??) l'analyse du désir féminin faite dans cet article, à contre-courant de l'image de la femme épanouie dans son rôle de mère et d'épouse, m'a parut intéressante. Un point de vue différent sur un sujet compliqué...
"Au-delà de la
chimie, la recherche sur ces pilules plaisir a permis de comprendre
enfin la sexualité féminine. Les nombreuses études qui s’y sont attelées
bouleversent la vision et la connaissance que l’on avait de notre libido. De
quoi dynamiter nos croyances et nos comportements sous la couette !
ELLE - Sept 2013
Et
si le sexe faible était le moins monogame des deux ? Longtemps, on a cru à une
nature féminine monogame par essence, recherchant la sécurité affective pour
mettre au monde des enfants et les élever, avant tout désireuse d’établir des
liens relationnels, pas du tout obsédée par le sexe… De quoi conforter les
discours historiques de la domination masculine ! Or, il se trouve que les
dernières études sur la libido féminine et la folie « Cinquante Nuances de Grey
» (plus de 70 millions d’exemplaires vendus dans le monde en un an !) mettent à
mal ces stéréotypes. Auteur d’un ouvrage décoiffant intitulé « What Do Women
Want ? Adventures in the Science of Female Desire », le journaliste Daniel
Bergner qualifie la libido féminine de bien plus agressive que celle des
hommes, thèse radicale étayée par de multiples arguments scientifiques.
A commencer par ceux de Kim Wallen, psychologue et neuro-endocrinologue étudiant les singes rhésus. Il constate que « chez les primates en milieu naturel, ce sont toujours les femelles qui, en période de rut, amorcent le coït. Et, quand leur partenaire est fatigué, elles en changent, tout simplement ». Les biologistes enfoncent le clou. Selon eux, notre anatomie vaginale favorise la compétition entre les spermes de plusieurs partenaires. Quant au sperme masculin lui-même, avec ses millions de spermatozoïdes capables de mettre en œuvre des stratégies communes, il semble conforter cette hypothèse.
A commencer par ceux de Kim Wallen, psychologue et neuro-endocrinologue étudiant les singes rhésus. Il constate que « chez les primates en milieu naturel, ce sont toujours les femelles qui, en période de rut, amorcent le coït. Et, quand leur partenaire est fatigué, elles en changent, tout simplement ». Les biologistes enfoncent le clou. Selon eux, notre anatomie vaginale favorise la compétition entre les spermes de plusieurs partenaires. Quant au sperme masculin lui-même, avec ses millions de spermatozoïdes capables de mettre en œuvre des stratégies communes, il semble conforter cette hypothèse.
Si
on résume, la femme est physiologiquement faite pour avoir des relations
sexuelles avec des partenaires multiples et les hommes se sont adaptés en conséquence.
D’un point de vue cérébral, les psychologues Samantha Dawson et Stephanie
Both ont démontré que les femmes réagissent aussi fortement que les hommes aux
images pornographiques mais qu’elles s’en lassent plus vite qu’eux, sauf lorsqu’on
y introduit une nouveauté (autre clip ou acteur inconnu). Meredith Chivers,
psychologue à la Queen’s University (Ontario), va encore plus loin. Selon elle,
la libido féminine est « omnivore » car les femmes éprouvent une excitation
[mesurée par les variations du flux sanguin génital, ndlr] devant n’importe
quelle vidéo, que la scène soit lesbienne, gay, hétérosexuelle ou même animale.
Ce qui n’est pas le cas des hommes. En conclusion, Daniel Bergner trace le
portrait d’une libido féminine polygame qui s’épuise dans la routine et se réveille
dans la nouveauté… C’est sans doute pour cela que prendre un amant donne un tel
élan sensuel ! Mireille Dubois-Chevalier, sexologue, confirme, estimant que «
la femme a une sexualité pulsionnelle, libidinale, durant toute la période où
son programme procréatif est en cours, soit entre 15 et 50 ans environ, et ce,
même si elle est à la recherche d’une intimité émotionnelle avec son partenaire
». On comprend mieux pourquoi au bout de quelques années de vie commune la
libido féminine s’effondre littéralement, alors même que les femmes assurent
aimer leur compagnon. Un « coup de mou
sensuel » qui frappe 10 à 30 % des femmes selon les spécialistes,
bien plus si l’on en croit les discussions entre copines… Comme le dit Sarah,
39 ans et huit ans de mariage, « je suis passée d’une libido de “lapine en
chaleur” à celle d’une “panda mollassonne”. Si Franck, mon mari, est excité dès
qu’il voit un bout de sein, pour moi, c’est plus compliqué. En théorie, j’ai
envie de lui. Et, d’ailleurs, quand on fait l’amour, je jouis quasiment
toujours. En pratique, je lis, je me couche avant ou après lui, je suis crevée,
j’ai la migraine… Bref, j’ai toujours une bonne excuse pour l’éviter ». Pour
Sarah comme pour beaucoup d’autres femmes, la solution est peut-être proche.
Car ces « Viagra féminins » s’adressent non à des femmes atteintes de
pathologies, mais à toutes celles qui vivent un décalage entre leurs envies et
leur désir !
Et
qu’en pensent les hommes ? Dans les cabinets des sexologues, ils sont de plus
en plus nombreux à craindre de ne pas contenter leurs compagnes. Directeur de
la Men’s Health Clinic de Boston et professeur d’urologie à Harvard, Abraham
Morgentaler les écoute depuis vingt-cinq ans. Avec « Why Men Fake It » , un
livre qui a suscité un tollé aux États-Unis, il brise le tabou de la fragilité
sexuelle masculine. Dans cet ouvrage, il raconte des vingtenaires fringants réclamant
des stimulants « au cas où », des hommes en détresse s’interrogeant sur leur pénis
et, clou de l’ouvrage, des mâles simulant l’orgasme pour faire plaisir à leurs
partenaires. Aussi fou que cela puisse paraître, les hommes peuvent éjaculer
sans jouir et ils sont de plus en plus tentés de le faire, jusqu’à 30 % d’entre
eux selon une récente étude anglaise. Leur motivation principale ? Satisfaire
leur partenaire. Au lit, l’homme serait-il une femme comme les autres ? « Une
chose est sûre, c’est que les hommes sont le nouveau sexe faible, ose Philippe
Brenot, psychiatre . La plupart d’entre eux craignent leur partenaire. Alors
que les femmes s’affirment, les hommes deviennent moins solides. Depuis quinze
ans, on assiste à une atténuation des caractères masculins consécutive au
chancellement de la domination masculine. Ce qui a un impact sur la sexualité
des hommes. Ils ont besoin de tranquillité pour faire l’amour, ils s’épanouissent
dans une routine qui les rassure. Dans l’absolu, un homme est capable de faire
l’amour de manière identique tous les jours de sa vie à une même compagne. »
Auteure de « La Révolution du plaisir féminin » (éd. Odile Jacob), Elisa Brune
adhère à cette thèse, rappelant que « leur capacité érectile est liée à l’émotivité.
Les doutes ou la peur d’un jugement peuvent entraîner des troubles érectiles
immédiats et profonds qui risquent de s’aggraver. Résultat, la sexualité est
devenue insurmontable pour certains hommes ». La fonction masculine étant de
combler, dans tous les sens du terme, les voilà terriblement démunis lorsque ce
n’est plus systématiquement le cas. Surtout face à des femmes toujours plus indépendantes
et affirmées qui attendent d’eux qu’ils remplissent leur part du contrat :
assurer au lit et les faire jouir. Après le devoir conjugal, voici venu le
temps du devoir marital…
Ennui
féminin et angoisse masculine font mauvais ménage sous les draps. Entre les femmes,
sortes de Belles au bois dormant commençant à affirmer leur nature, et les
hommes secoués dans leur identité, le dialogue paraît difficile. Sommes-nous
vraiment faits pour vivre ensemble heureux et longtemps ? Sans doute pas. « Le
couple stable est un mythe qui se fracasse sur la réalité biologique, estime
Elisa Brune. Croire que l’on peut rencontrer la personne idéale qui remplira éternellement
toutes les cases (ami, amant, père) relève de la pensée magique. Cette théorie
romantique en vogue depuis deux siècles n’a aucune validité biologique et
comportementale. Les deux sexes fonctionnent différemment. Ils ne sont pas
faits pour vivre ensemble au long cours. » Vivons-nous une nouvelle révolution
sexuelle ? Serait-ce le contrecoup de Mai 68 ? Deux générations plus tard, nous
vivons une époque charnière où les femmes verbalisent leurs désirs comme leur
absence de désir et les hommes tentent d’y faire face".
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