Interrogations sur le désir féminin

Extrait d'un article paru dans ELLE sur le "Viagra Féminin".
Au delà de l'idée d'avoir recours à la chimie pour soigner tous les maux (idée douteuse à mon goût : ne vaudrait-il pas mieux travailler sur la psychologie des femmes et les codes de notre société pour comprendre pourquoi elles n'ont plus de désir ??) l'analyse du désir féminin faite dans cet article, à contre-courant de l'image de la femme épanouie dans son rôle de mère et d'épouse, m'a parut intéressante. Un point de vue différent sur un sujet compliqué...
 "Au-delà de la chimie, la recherche sur ces pilules plaisir a permis de comprendre enfin la sexualité féminine. Les nombreuses études qui s’y sont attelées bouleversent la vision et la connaissance que l’on avait de notre libido. De quoi dynamiter nos croyances et nos comportements sous la couette !

Et si le sexe faible était le moins monogame des deux ? Longtemps, on a cru à une nature féminine monogame par essence, recherchant la sécurité affective pour mettre au monde des enfants et les élever, avant tout désireuse d’établir des liens relationnels, pas du tout obsédée par le sexe… De quoi conforter les discours historiques de la domination masculine ! Or, il se trouve que les dernières études sur la libido féminine et la folie « Cinquante Nuances de Grey » (plus de 70 millions d’exemplaires vendus dans le monde en un an !) mettent à mal ces stéréotypes. Auteur d’un ouvrage décoiffant intitulé « What Do Women Want ? Adventures in the Science of Female Desire », le journaliste Daniel Bergner qualifie la libido féminine de bien plus agressive que celle des hommes, thèse radicale étayée par de multiples arguments scientifiques.
A commencer par ceux de Kim Wallen, psychologue et neuro-endocrinologue étudiant les singes rhésus. Il constate que « chez les primates en milieu naturel, ce sont toujours les femelles qui, en période de rut, amorcent le coït. Et, quand leur partenaire est fatigué, elles en changent, tout simplement ». Les biologistes enfoncent le clou. Selon eux, notre anatomie vaginale favorise la compétition entre les spermes de plusieurs partenaires. Quant au sperme masculin lui-même, avec ses millions de spermatozoïdes capables de mettre en œuvre des stratégies communes, il semble conforter cette hypothèse.
Si on résume, la femme est physiologiquement faite pour avoir des relations sexuelles avec des partenaires multiples et les hommes se sont adaptés en conséquence. D’un point de vue cérébral, les psychologues Samantha Dawson  et Stephanie Both ont démontré que les femmes réagissent aussi fortement que les hommes aux images pornographiques mais qu’elles s’en lassent plus vite qu’eux, sauf lorsqu’on y introduit une nouveauté (autre clip ou acteur inconnu). Meredith Chivers, psychologue à la Queen’s University (Ontario), va encore plus loin. Selon elle, la libido féminine est « omnivore » car les femmes éprouvent une excitation [mesurée par les variations du flux sanguin génital, ndlr] devant n’importe quelle vidéo, que la scène soit lesbienne, gay, hétérosexuelle ou même animale. Ce qui n’est pas le cas des hommes. En conclusion, Daniel Bergner trace le portrait d’une libido féminine polygame qui s’épuise dans la routine et se réveille dans la nouveauté… C’est sans doute pour cela que prendre un amant donne un tel élan sensuel ! Mireille Dubois-Chevalier, sexologue, confirme, estimant que « la femme a une sexualité pulsionnelle, libidinale, durant toute la période où son programme procréatif est en cours, soit entre 15 et 50 ans environ, et ce, même si elle est à la recherche d’une intimité émotionnelle avec son partenaire ». On comprend mieux pourquoi au bout de quelques années de vie commune la libido féminine s’effondre littéralement, alors même que les femmes assurent aimer leur compagnon. Un « coup de mou sensuel » qui frappe 10 à 30 % des femmes selon les spécialistes, bien plus si l’on en croit les discussions entre copines… Comme le dit Sarah, 39 ans et huit ans de mariage, « je suis passée d’une libido de “lapine en chaleur” à celle d’une “panda mollassonne”. Si Franck, mon mari, est excité dès qu’il voit un bout de sein, pour moi, c’est plus compliqué. En théorie, j’ai envie de lui. Et, d’ailleurs, quand on fait l’amour, je jouis quasiment toujours. En pratique, je lis, je me couche avant ou après lui, je suis crevée, j’ai la migraine… Bref, j’ai toujours une bonne excuse pour l’éviter ». Pour Sarah comme pour beaucoup d’autres femmes, la solution est peut-être proche. Car ces « Viagra féminins » s’adressent non à des femmes atteintes de pathologies, mais à toutes celles qui vivent un décalage entre leurs envies et leur désir !

Et qu’en pensent les hommes ? Dans les cabinets des sexologues, ils sont de plus en plus nombreux à craindre de ne pas contenter leurs compagnes. Directeur de la Men’s Health Clinic de Boston et professeur d’urologie à Harvard, Abraham Morgentaler les écoute depuis vingt-cinq ans. Avec « Why Men Fake It » , un livre qui a suscité un tollé aux États-Unis, il brise le tabou de la fragilité sexuelle masculine. Dans cet ouvrage, il raconte des vingtenaires fringants réclamant des stimulants « au cas où », des hommes en détresse s’interrogeant sur leur pénis et, clou de l’ouvrage, des mâles simulant l’orgasme pour faire plaisir à leurs partenaires. Aussi fou que cela puisse paraître, les hommes peuvent éjaculer sans jouir et ils sont de plus en plus tentés de le faire, jusqu’à 30 % d’entre eux selon une récente étude anglaise. Leur motivation principale ? Satisfaire leur partenaire. Au lit, l’homme serait-il une femme comme les autres ? « Une chose est sûre, c’est que les hommes sont le nouveau sexe faible, ose Philippe Brenot, psychiatre . La plupart d’entre eux craignent leur partenaire. Alors que les femmes s’affirment, les hommes deviennent moins solides. Depuis quinze ans, on assiste à une atténuation des caractères masculins consécutive au chancellement de la domination masculine. Ce qui a un impact sur la sexualité des hommes. Ils ont besoin de tranquillité pour faire l’amour, ils s’épanouissent dans une routine qui les rassure. Dans l’absolu, un homme est capable de faire l’amour de manière identique tous les jours de sa vie à une même compagne. » Auteure de « La Révolution du plaisir féminin » (éd. Odile Jacob), Elisa Brune adhère à cette thèse, rappelant que « leur capacité érectile est liée à l’émotivité. Les doutes ou la peur d’un jugement peuvent entraîner des troubles érectiles immédiats et profonds qui risquent de s’aggraver. Résultat, la sexualité est devenue insurmontable pour certains hommes ». La fonction masculine étant de combler, dans tous les sens du terme, les voilà terriblement démunis lorsque ce n’est plus systématiquement le cas. Surtout face à des femmes toujours plus indépendantes et affirmées qui attendent d’eux qu’ils remplissent leur part du contrat : assurer au lit et les faire jouir. Après le devoir conjugal, voici venu le temps du devoir marital…

Ennui féminin et angoisse masculine font mauvais ménage sous les draps. Entre les femmes, sortes de Belles au bois dormant commençant à affirmer leur nature, et les hommes secoués dans leur identité, le dialogue paraît difficile. Sommes-nous vraiment faits pour vivre ensemble heureux et longtemps ? Sans doute pas. « Le couple stable est un mythe qui se fracasse sur la réalité biologique, estime Elisa Brune. Croire que l’on peut rencontrer la personne idéale qui remplira éternellement toutes les cases (ami, amant, père) relève de la pensée magique. Cette théorie romantique en vogue depuis deux siècles n’a aucune validité biologique et comportementale. Les deux sexes fonctionnent différemment. Ils ne sont pas faits pour vivre ensemble au long cours. » Vivons-nous une nouvelle révolution sexuelle ? Serait-ce le contrecoup de Mai 68 ? Deux générations plus tard, nous vivons une époque charnière où les femmes verbalisent leurs désirs comme leur absence de désir et les hommes tentent d’y faire face".
 ELLE - Sept 2013


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