La science rassure mais est-ce à juste raison où est-ce juste une croyance ?
Aujourd'hui on croit que la Science explique tout, sait tout et peut apporter une solution à tout, comme on croyait jadis en Dieu.
La science a pris sur elle la fonction primaire de la religion : c'est elle qui comble nos peurs, qui nous rassure face aux incertitudes, à l'inconnu, à ce qu'on ne maitrise pas.
On a une confiance aveugle dans la science comme on avait une confiance aveugle en Dieu.
Or même si elle a permis des progrès immenses dans les soins, la technologie, la connaissance du monde, même si elle a révolutionné et amélioré énormément nos quotidiens, deux arguments viennent contrarier la confiance aveugle que nos sociétés semblent avoir dans la science : premièrement elle se limite à nos connaissances actuelles et deuxièmement elle ne devrait pas être la réponse à TOUT !
Elle se limite à nos connaissance actuelles en effet, car, on le sait bien, toutes les époques pensent que leur connaissance scientifique est exacte et universelle (la terre était considérée comme indiscutablement plate et comme le centre de l'univers jusqu'au Vème siècle - voir histoire de la forme de la terre). Des théories scientifiques sont considérées comme exactes à un instant donné mais se révèlent erronées par la suite (lire à ce sujet théorie du constructivisme).
Alors pourquoi accorder cette confiance aveugle dans la science qui est finalement parfois... inexacte ?
Le deuxième aspect troublant de notre relation à la science est qu'elle est de plus en plus, la réponse à tout :
Mon fils paraît inadapté à l'école et à la société qu'on lui propose ? Je suis "rassurée" quand un spécialiste dépiste qu'il a un TDAH (Syndrome de Déficit d'Attention et d´Hyperactivité).
Je me sens mal ou j'ai subi un traumatisme ? Je suis cataloguée comme dépressif et des médicaments me sont automatiquement prescrits.
La "science"s'est immiscé dans tous les secteurs, toutes nos décisions, dans toutes notre organisation :
la météo est décortiquée et scrutée pour prévenir tout risque de catastrophe naturelle; on cherche à dépister les possibles futures endémies et à les prévenir; la chirurgie estétique est la réponse à nos défauts corporels et à notre peur de vieillir; les profs n'enseignent plus : ils décortiquent leur enseignement en "compétences" qu'ils doivent faire acquérir à leurs élèves; les médecins n'écoutent plus et n'examinent plus leurs patients : ils écrivent des comptes-rendu et cataloguent chaque patient et voir dans quelle catégorie ses symptômes le situent.
De la même façon on crée des "process" (succession de phases d'un mode d'organisation) dans tous les secteurs d'activité, on essaie d'encadrer très strictement la société avec une avalanche de lois, on détermine des "responsables" et des responsabilités... autant de façons de contrôler et d'organiser "de façon scientifique" en quelques sorte tous les pans de la vie professionelle et sociale.
Mais où est l'humain dans tout cela ? Le "feeling" du médecin, son empathie, l'intuition dans son diagnostique, lorsqu'il écoute son patient ? La réaction naturelle du prof devant un groupe d'élèves particulier, à un moment donné ? La décision humaine d'un professionnel qui suit son intime conviction pour prendre une décision ? L'intelligence d'un directeur qui passe outre une norme parce qu'elle ne s'applique pas à la situation ?
Sommes-nous devenus bêtes ? Incapables de juger, de nous adapter, de réagir en êtres humains face à des situations chacune particulière et unique ?
Car chaque personne est un SUJET : un corps particulier, une psyché personnelle, une histoire singulière (au sens de "unique"). Chaque élève est un monde à part avec son propre procédé d'acquisition des savoirs. Chaque groupe de personne (entreprise, bureau, groupe de travail) est une entité spécifique avec son fonctionnement propre qui est la résultante des interactions et positionnements de ses membres. Et chaque moment un instant particulier s'inscrivant dans l'histoire d'une personne ou d'un groupe de personnes.
Or les sciences cataloguent, classifient, listent les choses, les gens, les phénomènes naturels, les processus de fonctionnement selon des critères de répétition.
Elles proposent d'étudier, de classer, de quantifier, pour ensuite en déduire des conclusions qui détermineront des modes opératoires. Elles nous donnent des raisons chimiques, moléculaires, mécaniques, techniques pour tout expliquer : des maladies aux phénomènes comportementaux, les raisons des échecs scolaires ou de la société, les dérapages, les erreurs. Elles essaient même de prévoir pour prévenir.
Si on s'en remet à la Science, à celui qui "sait", avec tant de ferveur (tient... cela nous ramène donc bien à la religion !) c'est en fait pour combler nos peurs : pour palier à l'angoisse de l'incertitude, de l'avenir, de nos destins, de nos sociétés. De nos vies.
Croire aveuglément à la science c'est croire que l'on pourra soigner les maladies qui nous attendent, se sauver des catastrophes naturelles, comprendre les rouages d'un marché pour le gagner, assurer l'avenir de nos enfants en contrôlant leur enseignement, maitriser nos gains en mettant en place des process dans nos entreprises. Comme on priait Dieu jadis de nous sauver de tous ces maux.
Je ne discute pas l'intérêt immense des sciences et l'envie de l'homme de savoir, mais je questionne l'omniprésence d'une sorte de pensée organisationnelle de type scientifique qui comble notre besoin de certitude, d'être rassuré, notre besoin de contrôle aussi, et surtout je dénonce son influence néfaste sur notre capacité à jauger les situations en utilisant notre intelligence et nos perceptions humaines.
En nous aidant à lutter contre nos peurs intimes notre croyance dans la science d'aujourd'hui tend à remplacer celle qui existait hier dans la religion.
À lire sur le thème de la religion :
Religion contre réflexion
Laïcité ?
1 commentaire:
Oui, bien d'accord, mais la question est d'une très grande complexité : il s'agit de voir malgré tout ce que la science (et il faut la définir) a de spécifique et unique dans l'ensemble des outils de pensée dont on dispose et dans l'histoire de la pensée humaine.
Et au coeur de cette question se trouve....l'épistémologie ! Car la question qu'il faut poser à un scientifique (comme à un religieux ou à un homme politique) est : au nom de quoi et en quoi ce que vous me dites du monde est-il valable ? Ca oblige déjà à se poser la question: qu'est-ce qu'une connaissance valable ?
Il existe un magnifique livre d'Edgar Morin sur la question : "Science avec conscience", que je t'invite beaucoup à lire si tu t'intéresses à cette question!
http://www.amazon.fr/Science-avec-conscience-Edgar-Morin/dp/2020120887/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1383985525&sr=8-1&keywords=Science+avec+Conscience
(Question qui est d'ailleurs très largement traitée par de nombreux courants d'histoire et de philosophie des sciences et sur laquelle tu trouves énormément de textes sur le net!)
Keep thinking different!
Jules
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