- La plupart des gens clament l'athéisme de notre époque mais ils se trompent.... constatons-le : la laïcité consiste bien souvent à formuler dans un vocabulaire néo-kantien le décalogue judéo-chrétien et la morale évangélique. Plutôt que d'en appeler à la bible brandie par les religieux en matière de morale on préfère mettre en avant la république et les instituteurs qui avec des vocabulaires différents, dans des formules et des formulations séparées, se croyant adversaires, parlent finalement des mêmes valeurs. Le socle de la pensée dite laïque reste très largement judéo-chrétienne, l'imprégnation chrétienne de notre civilisation me paraît manifeste :
La pédagogie est imprégnée de christianisme : l'apprentissage dans la douleur, le refus de toute école ludique, le règne disciplinaire au quotidien, le mépris du corps dans l'emploi du temps, l'apprentissage de l'obéissance et de la soumission plus que de l'intelligence.
La politique est imprégnée de christianisme : le monarque de droit divin laisse place au monarque républicain oint par le suffrage universel, le pouvoir est toujours nimbé de sacré et de religiosité (voir le faste de l'Elysée et du Palais Bourbon par exemple...)
La justice est imprégnée de christianisme : indexation de son schéma contemporain sur celui (biblique) de la faute, du péché, de la responsabilité, de la punition.
L'art est évidemment imprégné de christianisme et même la médecine : longtemps entre les mains des religieuses, les antidouleurs passaient pour des auxiliaires du diable, qui empêchaient de vivre la souffrance et la maladie comme une grâce, une occasion de s'identifier à la passion du Christ, d'où les oppositions farouches dans les pays catholiques à la légalisation de l'euthanasie, utilisation du cannabis comme antidouleur etc... La douleur dans l'accouchement a été longtemps considéré comme une bonne chose (aujourd'hui encore ?).
Il s'agit aujourd'hui de produire une réelle laïcité postchrétienne qui se soucie désormais moins de révolutionner la vocabulaire, la langue, la lettre mais le fond. Que garder ? Et pourquoi ? Que peut-on et doit-on détruire, dépasser, conserver, arranger, aménager ? Selon quels critères et pour quelle utilité ?
Extrait de "La puissance d'exister" de Michel Onfray
En Italique, d'après « Le souci des plaisirs » Michel Onfray
Un espace pour penser différemment, inspiré des réflexions que je trouve au fur et à mesure de mes pérégrinations, s'attachant à porter un regard critique sur des vérités établies. Questionner et remettre en cause, déconstruire, mettre en valeur les modes de penser différents pour finalement affiner ce que l'on pense, ce que l'on veut garder ou pas. Bonne lecture !
Laïcité ?
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