La religion contre la réflexion.

J'ai souvent vu Dieu dans mon existence, là dans ce désert mauritanien sous la lune qui repeignait la nuit avec des couleurs violettes et bleues, dans des mosquées fraiches de Benghazi, dans la synagogue du quartier du ghetto, à Venise, dans le choeur d'églises orthodoxes à Moscou, à Naples, dans l'église de Saint-Janvier, le dieu de la ville construite au pied du volcan et aussi en Haïti dans un temple vaudou perdu dans la campagne ou encore à Kyoto dans les jardins Zen....nulle part je n'ai méprisé celui qui croyait aux esprits, à l'âme immortelle, au souffle des Dieux. Mais j'ai partout constaté combien d'hommes fabulent pour éviter de regarder le réel en face. La création d'arrières-mondes ne serait pas bien grave si elle ne se payait du prix fort : l'oubli du réel, donc la coupable négligence du seul monde qui soit.
Pour ne pas avoir à supporter l'évidence tragique du monde, les hommes s'imaginent dans une configuration différente de celle du réel, ainsi ils évitent le tragique certe mais passent à coté d'eux-même. Pour conjurer la mort l'homme la congédie. Avoir à mourir ne concerne que les mortels, le croyant, lui, sait qu'il survivra à l'hécatombe planétaire.
Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules, ni pitoyables, mais je désespère qu'ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie. Dès lors je ressens ce qui toujours monte du plus profind de moi quand j'assiste à l'évidence d'une aliénation : une compassion pour l'abusé doublée d'une violente colère contre ceux qui les trompent avec constance.
Je n'en veux pas aux hommes qui consomment des expédients métaphysiques pour survivre mais à ceux qui organise le trafic et se soignent au passage. Le commerce d'arrières-mondes sécurise celui qui les promeut, car il trouve pour lui même matière à renforcer son besoin de secours mental. Cacher sa propre misère spirituelle en exacerbant celle d'autrui, voilà le subterfuge à dénoncer. Le croyant, passe encore ! celui qui s'en prétend le berger, voilà trop. Tant que la religion reste une affaire entre soi et soi, après tout, il s'agit seulement de névroses, spychoses et autre affaires privées. On a les perversions qu'on peut, tant qu'elles ne mettent pas en danger ou en péril la vie d'autrui. Mon athéisme s'active quand la croyance privée devient une affaire publique et qu'au nom d'une pathologie mentale personnelle on organise aussi pour autrui le monde en conséquence. Car de l'angoisse existentielle personnelle à la gestion du corps et de l'âme d'autrui, il existe un monde dans lequel s'activent les profiteurs de cette misère spirituelle et mentale. Détourner la pulsion de mort qui les travaille sur la totalité du monde ne sauve pas le tourmenté et ne change rien à sa misère, mais contamine l'univers. La pulsion de mort ne se soigne pas avec un épandage chaotique mais par un travail philosophique sur soi. L'athéisme n'est pas une thérapie mais une santée mentale recouvrée. Ce travail sur soi suppose la philosophie. Non pas la foi, la croyance, mais la raison, la réflexion correctement conduite.

D'après Michel Onfray


Ce que la religion fait aux femmes : 





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